Je ne suis pas un grand habitué de ce genre de récit, mais après ma découverte de Centuria, je commence à prendre gout aux œuvres sombres, percutantes et sanglantes. Sorti début 2025 chez Kurokawa, je vous propose de découvrir Blood Crawling Princess.
Première œuvre de Yuki Azuma. Sous son titre original, Chi wo hau bôkoku no ôjo, ce récit ne se contente pas de mettre en scène une princesse déchue ; il nous immerge dans la psyché d’une femme brisée qui rampe hors de l’abîme pour réclamer justice. Lancée en 2023 sur le site Gangan Online, cette série, qui compte actuellement quatre volumes, s'impose d'emblée comme une œuvre viscérale réservée à un public averti.
L’intrigue nous fera partager le destin d'Evita, héritière du royaume de Batalia, dont la vie bascule lors de l'invasion gratuite et brutale par le royaume voisin de Hari. Témoin du massacre de sa lignée et des supplices infligés à sa mère, la jeune fille survit grâce à une promesse, vivre, coûte que coûte.
Six ans plus tard, elle est devenue Priscilla, la courtisane la plus célèbre de San Missa. Si, en apparence, elle semble avoir accepté son sort d’esclave sexuel au service de clients toujours plus abjects, ce n'est qu'une façade. Derrière ce masque de soumission, Evita a patiemment entretenu une flamme destructrice. Et en manipulant le tyrannique prince Marcel, elle entame la première phase d’un plan machiavélique qui anéantira ceux qui ont piétiné sa dignité.
Au-delà de sa violence graphique — qu’il ne faudra pas laisser entre toutes les mains — le manga propose une énième réflexion plus ou moins profonde sur la perversion humaine et les effets que la guerre peut avoir sur l'homme. Et je remercie Yuki Azuma d'avoir évité tout érotisme dans les différentes scènes traitant de viol et de torture et de les avoir fait passer sous un angle horrifique plutôt qu'érotique, très bon choix et ultra respectueux. Ce choix renforce le message de l'œuvre : une dénonciation brutale du patriarcat et d'un monde où les femmes sont traitées comme des trophées de guerre. Le dessin force volontiers le trait sur la laideur morale et physique des agresseurs, mais également celle de notre princesse déchue, rendant la riposte d'Evita d'autant plus grisante et marquante pour le lecteur.
Le récit brille par ses contrastes. Evita est une figure complexe, à la fois porte-étendard des femmes bafouées et manipulatrice effrayante. Si la stratégie n'est pas toujours d'une finesse absolue, l'efficacité émotionnelle est totale. On est pris à la gorge par cette quête désespérée dans un monde que l'on sent déjà perdu, où la seule issue semble être le sang.
Blood Crawling Princess est une œuvre choc qui, sous ses airs de thriller vengeur, nous interroge sur ce qu'il reste d'humanité quand tout a été arraché. Une lecture éprouvante mais fascinante, dont je vais dévorer les deux tomes suivants qui m'attendaient sous le sapin !!
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