Cette fin d'année signe le grand retour du mangaka Masasumi Kakizaki, Né en 1978, Masasumi Kakizaki est un mangaka incontournable du genre seinen, célèbre pour son style graphique réaliste et sa maîtrise exceptionnelle du clair-obscur. Il est révélé en 2003 par le succès critique et commercial de Rainbow dont il était le dessinateur, et a reçu le prix Shogakukan 2005. Il s'est ensuite imposé comme un auteur à part entière à travers des œuvres solo telles que Hideout (horreur), Green Blood (western) ou Bestiarius (fantasy), marquant les esprits par ses mises en scène cinématographiques et ses atmosphères sombres et oppressantes. Vous n'êtes pas prêt pour ce qui vous attend avec le titre qui nous intéresse aujourd'hui !
L’œuvre en question, dont le titre complet est Yomotsuhegui – Le Fruit des Enfers (initialement Yomotsuhegui - Shisha no Kuni no Kajitsu), nous arrive auréolée d'une aura particulière. Prépubliée par la Kôdansha dans son magazine, Gekkan Young entre octobre 2019 et fin 2023, cette série en trois tomes aurait dû sortir logiquement dans son format standard. Cependant, pour marquer le coup, et en exclusivité française, Pika a fait le pari audacieux de l’objet d’exception (fête de fin d’année oblige). Oubliez le format classique, ici, nous avons droit à une intégrale, un "pavé" de plus de 630 pages.
C’est un choix éditorial qui force le respect, d'autant que la finition Deluxe est au rendez-vous. Grand format cartonné, papier dense, pages couleurs conservées et une traduction impeccable, le tout pour 25€, le rapport qualité-prix est imbattable. C’est le genre de pièce maîtresse qui pèse lourd (sur le budget), au sens propre comme au figuré.
Moi qui adore les histoires basées sur le folklore et les mythes et légendes, je suis comblé. L'histoire prend racine dans la légende du Yomotsukuni, l'arbre éternel du pays des morts. Si ses fruits régissent l'équilibre de l'au-delà, leur consommation par un vivant entraîne une malédiction terrifiante, l'immortalité (cool me direz-vous), mais au prix de son humanité (tout de suite moins fun), le corps devenant le réceptacle d'une entité monstrueuse qui dévore peu à peu l'âme de l'hôte.
Nous allons donc suivre Kanetsugu Nawa. Ancien policier dont la vie a volé en éclats, suite au massacre de sa fille et de sa femme. Après avoir purgé une peine de prison pour s'être vengé de l'un des bourreaux de sa famille, il découvre à sa libération que le second, Sakase, a échappé mystérieusement à la mort. Nawa n’a alors plus qu’une obsession, achever sa vengeance et partir rejoindre les siens.
Hélas tout ne se passe pas comme il l’avait prévu et après lui avoir bien défoncé le crâne, il voit ce dernier se régénérer devant ses yeux incrédules. Mis à mal par son adversaire surnaturel, il devra accepter l’impossible et s’allier à Ren, une mystérieuse jeune fille aux allures de faucheuse d’âmes, ainsi qu'à son (vraiment très) étrange compagnon. En acceptant de devenir une "main du trépas", Nawa condamne sa propre âme pour obtenir le pouvoir d'arracher les fruits du corps des immortels sortant du droit chemin.
Si le récit débute comme un thriller de vengeance ultra-violent (justifiant pleinement l’avertissement de l’éditeur sur les contenus explicites, notamment les violences sexuelles perpétrées par l'abject Sakase), Kakizaki ne se contente pas d’une surenchère de gore. Faisant glisser le manga vers quelque chose de bien plus grand, dépassant nos “petits” soucis d’humains.
La structure du récit, divisée en trois actes distincts (les trois tomes d’origine), permet de dépasser le simple duel entre Nawa et son ennemi juré, Sakase. Une fois la vengeance initiale consommée, l'intrigue nous plonge dans une guerre secrète qui dure depuis quatre millénaires. On y découvre l'opposition entre Ren, luttant pour rétablir l'ordre naturel de la mort, et Yue, l’antagoniste du récit, qui multiplie les immortels pour ses propres desseins obscurs.
C’est là que Yomotsuhegui gagne en intérêt et se démarque d’autres titres basés sur la vengeance. Le scénario interroge sur l'immortalité, recherchée depuis toujours par les hommes, mais ici décrite comme une véritable malédiction pervertissant l’âme.
Visuellement, Masasumi Kakizaki est vraiment au sommet de son art. L'intégrale grand format rend hommage à son trait marquant et le découvrir dans ces conditions luxueuses est juste parfait.
L'artiste excelle dans la représentation des mutations des "mangeurs de fruits" qui sont effrayantes, évoquant des abominations dignes de Lovecraft et qui défient la logique biologique. Bien entendu plus Nawa utilise ses pouvoirs, plus son humanité s'efface sous les traits de crayon saturés d'encre noire, créant une atmosphère opprimante et magnifique à la fois.
En conclusion, Yomotsuhegui est une pure réussite pour son arrivée chez Pika. C’est un récit complet, dense et poignant, qui utilise l’horreur non pas comme une fin en soi, mais comme le miroir des noirceurs de l’âme humaine, encore une belle critique sur notre misérable condition, si fragile et si imparfaite au final. Le commencer, c’est le terminer dans la foulée, je n’ai pas pu m’arrêter, j’ai littéralement été absorbé par cette œuvre. Une lecture indispensable pour finir en beauté cette année 2025.
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