Les choix de titres chez Mangatsu sont de plus en plus tournés vers le manga de niche à tendance comique et souvent bénéficiant d’un véritable culte au Japon ! Après Crayon Shin Chan (avis ici) et Chibi Maruko-Chan (avis un jour peut-être), les éditions Mangetsu nous ouvrent les portes d'un univers pour le moins singulier avec l’arrivée de Coji-Coji, èt on retrouve l'illustre Momoko Sakura une nouvelle fois de retour chez l’éditeur (créatrice de l'iconique Chibi Maruko-chan), éditée au Japon dès 1993 et fort de 6 tomes (oui je sais c’est pas beaucoup). Cette version française s'inspire de la réédition japonaise de 2018, offrant un écrin plus au goût du jour à ce récit.
Mais Coji-Coji c’est quoi ? Eh ben pour faire simple, c’est une véritable icône de la pop culture japonaise, Coji-Coji dépasse largement le simple cadre du manga pour devenir un symbole de liberté face au conformisme social extrêmement présent au Japon. À travers sa réplique culte, "Coji-Coji est Coji-Coji", le personnage est devenu un mantra philosophique pour de nombreux Japonais, prônant l'acceptation de soi et le lâcher-prise dans une société plus que rigide.
Aujourd'hui porté par la vague nostalgique du "Heisei Retro" ou, pour faire simple, les amoureux des années 90 (un peu comme moi), ce petit être stellaire s'affiche partout, des cafés thématiques de Tokyo aux collections de mode urbaine et toute une armée de produits dérivés comme seuls les japonais savent le faire. Considéré comme l’œuvre la plus personnelle de Momoko Sakura, Coji-Coji est un phénomène transgénérationnel qui continue d'apaiser les lecteurs par son humour surréaliste et sa douceur bienveillante.
L'histoire nous parachute à Märchen, le monde des contes, où cohabitent sans aucune logique apparente des personnages fantasques, comme un roi soleil, une théière vivante, une grenouille, un ange et même des entités divines. Au milieu de ce joyeux bazar vit Coji-Coji, une mystérieuse créature volante venue des étoiles.
Si le décor évoque un livre pour enfants ainsi qu’un melting-pot des différents contes et films Disney, il sert en réalité de théâtre à une observation fine et ironique des comportements humains. Derrière la fantaisie permanente et cet "absurde adorable" se cache une société étonnamment rigide, régie par des conventions que tout le monde accepte... sauf notre héros.
Coji-Coji est un personnage déroutant. Mystérieux, distrait et naïf en apparence, cet esprit libre refuse d'entrer dans le moule. Là où ses camarades cherchent la conformité, la réussite ou l'approbation, lui ne poursuit qu'un seul but, vivre selon son propre rythme et ses envies.
En ignorant superbement les règles sociales, Coji-Coji devient un symbole de résistance passive face à un monde obsédé par l'obéissance et l'avenir. Ses réflexions, souvent "à côté de la plaque", créent des scènes surréalistes et très drôles qui mettent en lumière le vide des préoccupations de ses voisins.
Les habitants de Märchen sont aussi extravagants visuellement que banals dans leurs travers, ils incarnent ici tous les défauts de notre société entre jalousie, vanité, peur du regard des autres et j’en passe. La mangaka joue avec ces archétypes pour créer un décalage constant. Les récits s'articulent autour d'événements insignifiants qui deviennent des prétextes à une réflexion satirique sur notre propre société, sans jamais tomber dans la morale pesante. Le seul véritable souci, vient de l’humour japonais qui est totalement différent du nôtre, les divers gags présents dans le récit tombent parfois un peu à plat et nous perdons une partir de l’essence du titre, pour au final n’avoir droit qu’a des jeux de mots parfois un peu pipi/caca.
Le dessin, volontairement enfantin, est presque maladroit, il renforce l'étrangeté de ce titre. Cette simplicité graphique, doublée de dialogues minimalistes, à la limite du niais, permet de pousser la satire à l'extrême. C'est un manga faussement enfantin et profondément adulte, il expose une vision désenchantée du monde où le bonheur semble passer par le refus de jouer un rôle imposé ou de rentrer dans des cases.
Je ne vais pas vous mentir, la lecture de ce premier tome peut être déroutante. Au début, ce type d'humour absurde a failli me perdre, et certaines situations tombent parfois à plat si l'on n'est pas préparé. Il m'a fallu lire les premiers chapitres avant de réaliser qu'il fallait aborder Märchen avec une totale légèreté au 3ᵉ degré.
Une fois le cerveau débranché, on découvre une œuvre douce, drôle et sincère qui ne semble pas avoir de fil rouge, mais qui en dit énormément sur notre société. Chaque personnage haut en couleur nous évoque le lâcher-prise et la liberté de chacun. On ressort curieux de cette lecture originale et j'attends de retrouver ces drôles de petits personnages dans le prochain tome.
/image%2F3026479%2F20260209%2Fob_5140f7_coji-coji-baniere.jpeg)
/image%2F3026479%2F20260209%2Fob_969f24_coji-coji-marchen.jpeg)
/image%2F3026479%2F20260209%2Fob_b62e56_coji-coji-statue.jpeg)
/image%2F3026479%2F20260209%2Fob_776b4d_coji-coji-goodies-4.jpeg)
/image%2F3026479%2F20260209%2Fob_b6d5c4_coji-coji-goodies3.jpeg)
/image%2F3026479%2F20260209%2Fob_f94f56_coji-coji-goodies-2.jpeg)
/image%2F3026479%2F20260209%2Fob_ac8eed_coiji-coji-planche-fr-2.jpeg)
/image%2F3026479%2F20260209%2Fob_51434e_coiji-coji-planche-fr-3.jpeg)
/image%2F3026479%2F20260209%2Fob_83b56a_coji-coji-planche-fr-1.jpg)